Blond comme les blés – Louis Aragon

Et brusquement, pour la première fois de ma vie, j’étais saisi de cette idée que les hommes n’ont trouvé qu’un terme de comparaison à ce qui est blond  : comme les blés, et l’on a cru tout dire. Les blés, malheureux, mais n’avez vous jamais regardé les fougères ? J’ai mordu tout un an des cheveux de fougère. J’ai connu des cheveux de résine, des cheveux de topaze, des cheveux d’hystérie. Blond comme l’hystérie, blond comme le ciel, blond comme la fatigue, blond comme le baiser. Sur la palette des blondeurs, je mettrais l’élégance des automobiles, l’odeur des sainfouins, le silence des matinées, les perplexités de l’attente, les ravages des frôlements. Qu’il est blond le bruit de la pluie, qu’il est blond le chant des miroirs ! Du parfum des gants au cri de la chouette, du battement de cœur de l’assassin à la flamme-fleur des cytises, de la morsure à la chanson, que de blondeurs, que de paupières : blondeur des toits, blondeur des vents, blondeur des tables, ou des palmes, il y a des jours entiers de blondeur, des grands magasins de Blond, des galeries pour le désir, des arsenaux de poudre d’orangeade. […] Du blanc au rouge par le jaune, le blond ne livre pas son mystère. Le blond ressemble au balbutiement de la volupté, aux pirateries des lèvres, au frémissement des eaux limpides. Le blond échappe à ce qui définit, par une sorte de chemin capricieux où je rencontre les fleurs et les coquillages. C’est une espèce de reflet de la femme sur les pierres, une ombre paradoxale de caresses dans l’air, un souffle de défaite de la raison. Blonds comme le règne de l’étreinte, les cheveux se dissolvaient donc dans la boutique du passage, et mois je me laissais mourir depuis un quart d’heure environ. Il me semblait que j’aurais pu passer ma vie non loin de cet essaim de guêpes, non loin de ce fleuve de lueurs. Dans ce lieu sous-marin, comment ne pas penser à ces héroïnes de cinéma qui, à la recherche d’une bague perdue, enferment dans un scaphandre toute leur Amérique nacrée ? Cette chevelure déployée avait la pâleur électrique des orages, l’embu d’une respiration sur le métal. Une sorte de bête lasse qui somnole en voiture. On s’étonnait qu’elle ne fit pas plus de bruit que des pieds déchaussés sur le tapis. Qu’y-a-t-il de plus blond que la mousse ? J’ai souvent cru voir du champagne sur le sol des forêts. Et les girolles ! Les oronges ! Les lièvres qui fuient ! Le cerne des ongles ! Le cœur du bois ! La couleur rose ! Le sang des plantes ! Les yeux des biches ! La mémoire : la mémoire est blonde vraiment. A ses confins, là où le souvenir se marie au mensonge, les jolies grappes de clarté !

 

Le paysan de Paris, 1926.

A l’heure du poulpe

Crasseuse forêt, voluptueux décombres : sous le regard du poulpe, les étoiles mugissent et les fourmis se précipitent en foule envahissent la prison

crasseuse forêt, voluptueux
décombres,
ils n’en
finissent
pas,
ILS N’EN FINISSENT PAS ils sont gris comme une carrière ambitieuse, ils ne sont jamais obliques, et gris et infinis comme une sous-préfecture, et là s’en vont les fourmis. Ma douleur est la tienne, et je te veux, je te veux, je te veux. Mon ventre cherche la musique de l’incertitude, mais mon cœur ne veut que toi. La mer s’est changée en vin, elle recrache mille tentacules, elle n’en finit pas de crever, et l’horizon coule à cheval sur le corps nu de ma maison, qui, orageuse, se mutile d’escalators et de dentelles. Un hall de gare, l’existence morne des travailleurs. Quelque chose m’échappe de cette toile de fer lointaine, courageuse et vorace, à la limite de l’ouverture et de la nudité. A part ça, tout est normal. Je hurle et je veux sortir. Le monde est clos. Depuis cinq mois mon visage n’a pas connu le vent.

Effacement

Le vent est si froid que je pourrais l’arracher
de mon visage, et le prendre, là, dans mes mains. Est-ce toi qui dors contre la montagne ?
Est-ce toi contre la glace bruissante de la nuit, seule au-dessus du néant, suspendue entre la roche et la mort ?
Est-ce toi, le corps sourd, engoncé dans des tissus qui te transforment en pesante arachnide, harcelée par la seule pensée de la prochaine seconde, muscles tendus, un être agile et lourd, caillasse parmi la caillasse, avec au-dedans de toi le souffle le cœur lent, le silence ? Rien ne tressaille que la neige sous le vent. La glace prend corps, enserre peu à peu la paroi dans la nuit. Je suis ici vivante dans ce pays de roches et d’étoiles, contre la montagne indifférente, je ferme les yeux, je ne dors pas, je ne dors pas. Et sous mes os silencieux, au profond de mes viscères, naissent des voix chuintantes et grises, celles des hommes avant moi, vivants un jour sur cette terre lacérée. Me voici assaillie de souvenirs que je n’ai pas vécus, mêlés à ceux des mains de ma mère. Ils rôdent, ils m’étranglent. Nées du premier âge de la terre, les voix reviennent de chaque gouffre, dès que la nuit se cristallise autour du monde, de partout oui, tournoient dans ce noir calcifié, mugissent et feulent et se coulent dans la ténèbre.

En haut la cohue splendide des étoiles ; alors je suis mêlée au monde, dans un inextricable amas de chair, de lumière et de glace.
Sinon ça, le vide.
Sinon ça, le silence tellement fixe et vaste qu’on l’entend à des lieues dans mon cœur. Posé sur la terre comme un métal implacable. Même le vent terrible, fracassé de paroi en paroi, n’est qu’un avatar du silence.
Sinon ça le noir crevaillé de la pierre qui m’engloutit là, tout autour de moi qu’elle est. La solitude dans ce creux où je fais halte, des milliers de mètres au-dessus de la mer, c’est la solitude des morts. C’est mon effacement, et c’est ma seule certitude : je vis, rougeoyante.

Je me lèverai demain au premier soleil, peuplée de litanies violentes.
Je redescendrai avant le sommet.
Je ne suis pas faible.
Je ne suis habitée ni par l’achèvement, ni par la victoire, ni par les empires. D’autres viennent ici pour conquérir le vide, pour aller jusqu’à ce qu’il n’y ait plus où aller, pour aller jusqu’à la fin de la terre. Mais moi, si près du ciel, je suis venue chercher une nouvelle nuit où me fondre : une nuit où le jour est déjà la nuit, une nuit qui ne grouille pas, une nuit sans insectes, sans pourriture, une nuit jamais paisible déchirée par le vent et par les spectres, une nuit dure, oui. Je la nomme en mes boyaux, où naissent alors des passages ignorés, des arches secrètes. Elle crisse sous la glace, et la glace si brillante et bleue contient déjà en elle-même la nuit. C’est la montagne que je veux. Dormir contre son flanc infécond, la laisser me vomir, hurler autour de moi. C’est la crête, la longer enfin, juste au-dessous, me faire abrupte et invisible. Et tenir, et regimber, et me lover, ne jamais fuir. Je suis absorbée par la montagne et par mes propres membres et par les voix des dieux et par mon propre cœur ; je suis une masse articulée de chair ; je suis aussi petite invisible qu’une perle translucide ; je suis nerfs cerveau mains tendons tout ça entassé comprimé en une pelote de peau juste ça, je ne parle pas — mais toujours là quelque part perdue dans les mugissements. Est-ce toujours mon langage ? Est-ce toujours ma trace ? Elle n’attaque pas, la montagne. C’est moi qui ai choisi de m’offrir à son âpreté, à son vertige, à sa lumière douloureuse, à l’assourdissement de sa multitude. C’est moi qui viens là m’abriter et mourir et vivre en moi-même. À elle je ne me mesure pas. Je ne veux pas être un aigle : je veux être un homme là seulement bien vivante, seule chaleur au bout du compte. Ici mon corps n’existe que par sa vie en-dedans. Palpiter lentement contre la mort.

Au fond de moi mouvantes, les lueurs.
Ô dieux de ma chair, spectres de mon crâne, silence de mes os.

(Untitled)

tu crois que la nuit t’appartient. Tu crois que la solitude est tienne, que tu sais t’y abreuver, jamais dormante ; tu crois connaître son bouillonnement (lent et froid), ses spectres sales et rampants, minables, amicaux, qui rendent délicieuse cette paralysie de cloître. Ton cœur, c’est certain, n’admettra pas d’autre venin que celui de ces méduses-là, muettes, moirées, grouillantes. Il n’y a pas d’au-delà.
Tu ne vois pas le marbre dont tu es faite
ainsi qu’une tombe, tu crois que tu sais
tressaillir.
Tu crois que le silence est ta demeure, jusqu’à l’aube même — car tu les habites, ces moments de lumière étrange
où le monde vagit, se décompose dans sa propre naissance, tandis que l’air blême et léger comme un feuillage se cristallise autour de tes mains et de ton sommeil… tu les habites, jusqu’à l’extrême lisière
jusqu’à l’heure d’entrer, s’ensabler dans le jour pisseux des vivants, jour couleur de viande
et de musées et de rires et de meurtres. Tu hais cette heure de l’inconscience — obligatoire, aimée, supérieure. L’heure de sourire et de parler. Pleine d’insectes. Tu glisses et deviens toi-même un spectre, sale et rampant, minable, amical, et tu vis ainsi échappée toujours. Dehors on te tuera, c’est vrai, et toi tu crois que tu ne veux pas mourir.
Tu crois que ta solitude est un réseau en toi de profondes racines. Et qu’elle est ta frontière, et que là est la paix. Pourtant tu as faim.

été

ma bouche est baignée du sucre d’une nectarine jaune
marée de soleil et de dissonances
la ville a déjà déployé ses végétations mornes, sa poussière. Tremblante de colère tue au fond,
je mange et savoure et m’approche des mouches
je suis un lieu cathédral où se nouent toutes les
avidités / envies de destruction /
je ne m’écroule plus, j’écoute seulement dans le goût collant de l’été
des êtres que je ne vois pas, entièrement dénoués de cheveux de sueur
chanter l’effacement, les coups, la torpeur ;
je respire pour la première fois ;
cette peau c’est bien la mienne, plantée de clous et de bêtes mortes !
je veux frapper frapper frapper
pour dégager ailleurs cent lambeaux de silence
voici ma nudité nouvelle
— elle sa gorge me crie : il faut distordre
mes mains ne s’accommodent pas de mes poèmes
je les lave coulantes de lumière et de jus doré

Ceux qui furent pour eux seuls – Dante

Et ayant posé sa main sur la mienne, d’un visage serein qui me ranima, il m’introduisit au dedans des choses secrètes. Là, dans l’air sans astres, bruissaient des soupirs, des plaintes, de profonds gémissements, tels qu’au commencement j’en pleurai. Des cris divers, d’horribles langages, des paroles de douleur, des accents de colère, des voix hautes et rauques, et avec elles un bruit de mains, faisaient un fracas qui sans cesse tournoie dans cet air à jamais ténébreux, comme le sable roulé par un tourbillon. Et moi, dont la tête était ceinte d’erreur, je dis :
— Maître, qu’entends-je ? et quels sont ceux-là qui paraissent plongés si avant dans le deuil ?
Et lui à moi : « Cet état misérable est celui des tristes âmes qui vécurent sans infamie ni louange. Elles sont mêlées à la troupe abjecte de ces anges qui ne furent ni rebelles, ni fidèles à Dieu, mais furent pour eux seuls. »


Dante, La Divine Comédie, « L’Enfer », chant III, traduction de H.-F. R. de Lamennais, 1863. C’est moi qui souligne.

foudre indolente

je m’éveille dans un fouillis d’arbres pâles et de béton
dans une permanente lumière d’aube
un halo nu et déserté, à la hauteur de ma fatigue

dans la ville hallucinée les femmes dorment
remuent lentes comme des vagues
et moi je mange caillots de ténèbre
j’avale le chemin ma carapace crissant silex
je voudrais me recroqueviller, noire nocturne farouche meurtrie
invisible
pleine de blés pourris et de plantes trop jeunes
mais mes pattes grosses griffues sont faites pour les gouffres
ma tête fouaille la cendre et la poix
dans une étouffante absence d’orages
je ne suis pas là où est mon corps
je déplie mes ailes
oh étoile multiple, liqueur de feu
c’est notre nuit, et j’ai peur

au firmament s’étiolent de très longs fils sanglants
voilure diaphane du silence
les femmes dorment, flèches de foudre indolente
je viens avec mes mâchoires mes couteaux mes yeux brûlés
mes seins grevés de cris rauques
dans l’eau profonde se perd le bruit des néons :
on le confond avec
les méduses

nudité

Je bêche dans les collines
pour enterrer mes larmes mes nœuds mes fatigues
toujours s’ourdit toujours en moi cette chose noire
un navire pourri de douleur qui transporte
sa cargaison limoneuse décomposée marginale
son grand déséquilibre d’oiseaux

les arbres poussent, se divisent, guident les orties vers mon cœur
je me noie dans les pluies et les images ; que croyais-tu qu’il arriverait ?
imbécile à demander aux chemins
de pleurer avec toi

mes veines mes veines vieux fouillis de contradictions
je sacralise jusqu’aux mésanges
je veux mon corps ouvert, annulé
pour mieux le réparer, sortir de l’épuisement
chercher un calme féroce
dans les bras des amies — et dans mon sang

la nuit les solitaires rêvent
de nouer le ciel autour d’eux
en un linceul
ils rêvent de fuir et de se laisser avaler
par l’insupportable tempête des ventres et des sexes
les autres mutilent fièrement tout ce qui en eux
s’étonne d’avoir à hurler ou détruire
oh les solitaires
retranchés des fracas des corps ivres-muets
retranchés de ce qui se montre
étouffés de noirceurs inconvenantes
retranchés des mains tendues et des phares crissants
retranchés des gorges et des griffes et des foules
oh solitaires au chevet du mystère
la pluie est pour eux.
la pluie est pour eux.
la pluie est pour eux.

Écriture automatique – III

Si tu me comprenais, tu n’aurais pas vécu ces bouches et ces sursauts. Avant. Longtemps avant nous. Tu ne te serais pas réveillé dans la pénombre de ces corps. Ils seraient restés muets pour tes mains, sans fouaillement d’aube. Tu verrais cette déchirure et cette beauté miraculeuse, et tu me prendrais dans tes bras en me disant : ça n’existe plus. Tu ne m’aurais rien arraché. Dis-le.

Vivre, contre mes vieux zéphyrs, une vie de profonds fragments. Retrouver le toucher et la transparence, comme le grain sanglant de grenade entre les seins de celle que j’ai aimée. Bribes d’une force inconnue, elles ondoient dans mes mains. Les chauve-souris remontent du centre de la terre et envahissent les montagnes, la forêt s’effondre, articulation infinie de questions infinies. Dents grinçantes le long du précipice, aubépine luminescente, la fille croule, hurle dans la nuit près de la cathédrale qui a des airs de steppe, le cœur étouffé par les marées, sa foi recluse est avalée par l’entièreté du suicide. Les anges organisent une collecte grandiose d’insectes et de ruines, et je vois bien l’horreur de ce qui avance, l’horreur de ce qui décroît, l’horreur de ce qui féconde et de ce qui s’empare, l’horreur de l’espérance et des glaives. Les âmes bougent, se meuvent infiniment, sans attester de brisure, sans divination, sans connaître de trêve, sans chaleur aucune, comme un seul automate de latex, et les oiseaux du nord cherchent des coquillages ici-bas, au milieu des grincements et de l’alcool. Je ne parle plus qu’à moi-même. Tourterelles, vous passez en moi. Le soleil se couche, répandu comme des boyaux sur la pierre des dieux.

Fleurs de pêcher

Fleurs de pêcher —
mes habits de tous les jours
mon cœur de tous les jours

Hosomi Ayako
(trad. Corinne Atlan & Zéno Bianu)

Inspiré du regard d’Ishtar sur ce poème. C’est une sorte d’exercice. Un travail autour du « saisissement », de « l’irruption des fleurs dans le quotidien qui prend alors une autre profondeur », du « rapport entre intériorité et apparence, saisonnalité/soudaineté/persistence… l’idée de quelque chose d’à la fois célébratoire et spontané dans la beauté des fleurs ».

nacre mêlée à l’écaille des murs, aux rails, aux quittances,
aux dormeurs, au bruit de l’eau qui coule
fleurs de pêcher près des bureaux, des fumées, du linge aux balcons
branches éclatées dans un silence de nuit

en longs gestes, dans l’odeur de lessive et de café
je me suis peignée ce matin
et pourtant je n’ai rien à offrir à ce rose immédiat
que mon sobre effort d’être une femme
rien à offrir que mon visage nu
mon visage qui brûle de remuer quelque chose
mais s’ajuste à la couleur de l’horizon

sur mon seuil l’aube embrumée
se déchire à la lueur de ma première cigarette
— lit défait, mégot, fatigue
chaque printemps cette manière clandestine
de s’inscrire en mon corps, en mes gestes de vivante
et de transformer ce qui demeure
et de transformer ce qui va mourir…
la légère douleur dans mes mains, l’odeur du pain en train de cuire
mes trajectoires dans la ville âcre,
sont escortées par cette clarté des commencements
l’éclosion accompagne mes petits crimes sans gravité — sourire,
ne pas sourire, saluer, ne pas saluer, prendre le soleil,
oublier les défunts,
oublier la chanson que me chantait ma mère
tout ce temps les fleurs demeurent
placide contradiction, jointure des choses fébriles
comme une réminiscence ;
elles entrent en ma poitrine et je n’ai pas le temps
de les suivre. Je dois traiter des dossiers, bécher au jardin.
Je les laisse faire, seulement.
Incantation diffuse entre mes nerfs et les câbles téléphoniques,
clarté touffue de murmures,
écho de ce qui nous prend,
de ce que nous abandonnons,
les fleurs de pêcher ont la solennité de l’eau
l’incandescence du stigmate
mais jamais elles ne me demandent
de m’agenouiller.
Elles m’émerveillent
et je me tais. Elles avivent mes yeux, incarnent en moi les friches
qu’encore ce matin je ne me connaissais pas
Me lancer dans l’entrelacs de mes veines
à la poursuite de leur mémoire,
cherchant la trace
qu’elles ont laissé ?
peut-être la trouverai-je
le moment venu.
tant qu’elles m’accompagnent je me lève à la même heure
et lorsqu’elles faneront je resterai une femme qui marche, et qui bruisse, et qui se tend sous l’attente, avec sur mon dos ma veste de toile
en mon corps le passage des jours, la nicotine, le jus prochain des fruits