FOUDRE
——- ADIEU
—– foudre
chanson dans le pierrier de la tête
éboulis
débaroulement brèche grondante
pierrier
ruisseau si ténu, si férocement muet
et tout autour le violon résonne,
sec et ouvert comme une ville
garder
perdre
garder
rebut des heures anciennes, rebut de l’espace vécu
déchets fondus, dansés sans en voir l’achèvement
on quittera la scène avant le terme
voici la valse : danse-la tournée détournée éboulée voltigée ébruitée retournée >>> gliss
an >>>
te >
mains calées dans le dos : on y va, ça tourne, ça parle ! ça grossit, ça grandit toute la forêt repliée ! le violon entraillé comme la voix bien solide d’un monde vif, plein d’arbres qui s’enfouissent et se dérivent en eux-mêmes ;
et puis les yeux ! les yeux qu’on ferme comme une église massée dans le feu nocturne !
hautes pierres versées dans leurs grandes folies, la poitrine nette, dure et amicale, gorgée d’aube
chemineaux tout bien droits dans le feu
vont vers abysse chaudron sable glaise
éclair : songe relevé du bout du pied dans le caniveau
foudre : ballot d’orage gardé bien près de soi sur la banquette du train
la solitude est trop forte et
par le causse là-bas, ça monte
l’animal sombre
sans langue
oui, là je crois que c’est fini, si l’on peut dire
la musique et son battement
sans prunelle sans sorbier sans sureau
plus même d’eau-de-vie pour oublier
ni pour panser le visage
perdre beaucoup, garder un peu
juste de quoi —- fendiller
(souffle ici, murmure, son du frottement de tes lèvres l’une contre l’autre, le soupir et l’attente entrechoqués)
—- quoi . fendiller . juste . à peine .
ouvrir la marche des heures
(murmure encore)
ça craque de partout, l’échelle vers la mort
ça s’effondre, on bascule
on choit sans rien vouloir vraiment
ni mourir, hein, non plus
désarmant spectacle de l’alouette abattue
mille petites intimités chaudes et graves : tuées là
adieu
adieu
pas capable de vivre une enfance sans fontaine, pas moi, non
(la main caresse longtemps l’épaule, profondément)