Il y a longtemps déjà mon amant a pris par ce ravin
frôlant d’immenses voiles battus par le vent tiède des tombeaux,
comme on faisait cinq mille ans en arrière de nous pour enterrer les morts. Donc, je
ne peux plus le toucher. Le rite, il l’a accompli selon les dieux. Descendu dans la pourriture
et purifié maintenant de rivières. Je ne peux plus le toucher.
Mais le voilà ouvert enfin devant, ce chemin funéraire et beau
où avancer jusqu’au fond de ma chronologie de poumons et d’os >>>>>>>
Donc >>>> je m’en vais à mon tour >>>>>>
dans une artère éclairée de feux fragiles.
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J’attends la grosse nuit avide qui m’envahit et passe en des trous des caveaux des à-pics
des bruyères des éboulis et jusque dans la mer
et puis traverse des falaises et des égouts des gravats des ronces
des chantiers des déserts des chambres abandonnées et des vergers brillants et flous de givre
femme annihile toute prétention de cohérence et de densité
pour atteindre l’insaisissable — mais comprendre chaque source
alors seulement pouvoir vivre les corps, creuser dedans au milieu des rêves, loin dans les rêves et les corps, entrelacs de feuilles fraîches, m’y enfouir sans y penser tant je les aime et tant elles m’aiment, au prix du chemin noir me donner ce luxe là, au bord de l’existence, je serais frémissante comme un homme de rivière en rivière
à chaque cri chaque écho je tressaillerais comme un chien transi
la pluie prendrait les couleurs du cuivre
je ferais des rêves vrais dont j’oserais suivre les arrachements les automatismes les incontrôlables crinières et même les escargots les ramilles qui s’y accrocheraient sans autorisation
j’abandonnerais l’illusion de ma substance
qui enserre aujourd’hui mes épaules comme un métal aveuglant